La page santé: Original ou générique?

  • 18 septembre 2018

La page santé.

Original ou générique?

 

D’abord, parlons chiffres.

 

Au Québec, nous dépensons plus de 7.5 milliards de dollars en médicaments par année. L’État assume environ la moitié de la facture. En 30 ans, la part des médicaments sur les dépenses en santé a triplé, passant de 6% en 1980 à 19% en 2013. Une des expertises du pharmacien est d’ailleurs la pharmacoéconomie qui est une discipline qui vise à déterminer la valeur économique d’une thérapie médicamenteuse.

 

Depuis 1997, l’assurance médicaments est obligatoire pour tous les Québécois. Si l'employeur fournit cette assurance, on doit s’y inscrire, ainsi que conjoint et enfants. Sinon, l'adhésion au régime public d'assurance médicaments (RPAM) est requise. C'est la loi, ce n'est pas optionnel. La prime annuelle est alors calculée en fonction des revenus, et non selon la consommation de médicaments, et est perçue par Revenu Québec.

 

Pour assurer la pérennité des régimes d'assurance médicaments, il est impératif de diminuer les coûts. Une bonne façon d’y arriver est d'y aller en prévention: ne pas fumer, garder un poids santé, réduire sa consommation d'alcool, faire de l’exercice. Bref, avoir de saines habitudes de vie. Les risques de développer l'hypertension, le diabète, les problèmes de cholestérol, certains cancers, etc., sont alors substantiellement réduits.

 

Une autre manière de modérer les frais est d'opter pour les médicaments génériques. Mais, qu'est-ce qu'un médicament générique au fait? En quoi est-il différent d'un médicament d'origine?

 

Les médicaments d'origine sont mis sur le marché par les fabricants qu'on appelle "innovateurs" qui doivent consacrer des années de recherche avant de trouver la molécule qui va révolutionner, par exemple, le traitement du diabète. S’ensuivent des campagnes publicitaires onéreuses pour faire connaître le nouveau traitement. L’argent investi par ces compagnies est donc considérable. À partir du moment où l’entreprise dépose la demande pour obtenir le brevet, elle dispose de 20 ans pour vendre son produit sans concurrence et ainsi tenter de récupérer les sommes engagées.

 

Quand le brevet est échu, d'autres fabricants peuvent copier le médicament et en faire des versions génériques, évidemment avec peu de publicité et de recherche. Elles sont de 40 à 75% moins chères que l’original, bien qu'elles contiennent la même quantité d'ingrédients actifs. De plus, comme il y a plusieurs marques différentes pour un même produit, la concurrence contribue à faire baisser les prix davantage.

 

Les génériques doivent tous être examinés et autorisés par Santé Canada. Pour obtenir un permis de fabrication et de commercialisation de médicaments au Canada, les compagnies des médicaments génériques autant que les compagnies de médicaments d'origine doivent suivre les mêmes lignes directrices de bonnes pratiques de fabrication, qui garantissent l’uniformité de la production et des standards de qualité.

 

Les hôpitaux utilisent d'ailleurs les génériques pour soigner les patients. C'est une façon de diminuer les coûts sans compromettre la sécurité.

 

Pour le RPAM, lorsqu'un produit est sur la liste des médicaments remboursés depuis 15 ans, il tombe alors au

« prix le plus bas » ou PPB, c'est-à-dire au prix du générique. Si toutefois un patient préfère avoir le produit original, il doit payer la différence entre les deux, ce qu'on appelle l'"excédent non assuré", sauf si le médecin juge qu’exceptionnellement, la situation clinique (ex. un traitement pour l'épilepsie) justifie de garder le médicament original. Il a alors l'obligation de l'inscrire sur l'ordonnance pour que la RAMQ l'assure au complet, selon les modalités du régime.

 

Alors, pour apporter votre contribution à l’allègement de la charge financière du RPAM et ainsi dégager des marges de manœuvre pour travailler en amont sur des stratégies préventives, demandez au pharmacien si un équivalent générique existe pour votre médicament. Parce que collectivement, nous sommes l’État en fin de compte!

 

 

Françoise Cayouette, pharmacienne pour les pharmacies Lépicier et Miousse.

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